Entré dans notre culture comme cadeau marquant, offert aux anniversaires importants et grandes occasions, ils témoignent du prestige qui entoure certains objets. Les volumes de la Pléiade renferment une belle histoire de savoir-faire. Plongeons dans les coulisses ensemble.
La collection de la Pléiade de Gallimard s’est imposée comme objet de cadeaux personnalisés. Présentés dans leur petit coffret, avec le très fin papier Bible et leurs caractères Garamond, ces livres s’invitent dans nos bibliothèques renfermant souvent une volonté de gâter en une occasion précise. La volonté de relire des grands classiques, ou simplement de les avoir dans nos bibliothèques, nous invite parfois à les dénicher dans de belles éditions, vouées à rester et se transmettre.
Pensée comme l’une des premières collections de poche, la Pléiade avait pour vocation de produire des livres faciles à transporter. L’intérêt étant aussi, grâce à la finesse du papier, de renfermer toutes les œuvres d’un même auteur dans un seul ouvrage, et ce en parcourant la littérature à travers le monde entier en proposant des auteurs et penseurs français et internationaux de plus d’une trentaine de pays différents.
Née en 1931 de la volonté de Jacques Schiffrin au sein de ses éditions la Pléiade, la collection est rachetée par Gallimard en juillet 1933 pour y être intégrée, dans un format dont la maquette n’a pas bougé. Le nom, inspiré directement du groupe de poètes humanistes du XVIe siècle, est conservé. Cette intégration est notamment dû à l’impulsion d’André Gide, écrivain et co-créateur de la Nouvelle Revue Française, qui a convaincu Gaston Gallimard du rachat. N’occultons pas une période sombre de l’histoire de cette collection. Sous l’occupation, en application des lois dites sur le statut des Juifs du régime de Vichy, Jacques Schiffrin est évincé de son rôle de directeur de la collection, décision qui indignera André Gide. Dès ses débuts et parmi les premières parutions : Baudelaire, Molière, Jean de la Fontaine, Voltaire ou encore Edgar Allan Poe.
L’exploration du processus de fabrication de ces éditions nous conduit à la Papeterie du Léman. Cette papeterie est située, à un endroit qui porte bien son nom, à Publier, à 3kms d’Evian en Haute-Savoie. C’est ici que naît l’essence-même des éditions de la Pléaide avec le papier Bible. Plus précisément, appelé le Bible 36 teinte Chamois, ce papier ultra fin 36 grammes fait la renommée de la collection. Il sort d’une machine de 80m de long, comportant 3 étages.
Un processus de fabrication scruté à chaque étape à commencer par le contrôle de l’épair, et sa qualité.
Une fois le papier produit et vérifié, direction la Normandie, terre natale du César comme vous avez pu le lire dans l'article dédié de L'oeil et le marteau. C’est en Normandie, chez Normandie Roto Impression, que tout se passe. S’y effectue d’abord un contrôle dit de pré-presse, notamment pour vérifier l’ordre des pages et leur agencement recto-verso. L’impression se fait par grandes plaques recto-verso comportant plusieurs pages. En une seule rotation du groupe d’impression, 96 pages sont produites.
Après la sortie du groupe d’impression, les pages sont séchées à 70 degrés avant d’être pliées. Les pages ressortent assemblées sous forme de petits cahiers.
C’est ensuite le relieur qui sera en charge d’assembler tous les cahiers d’un même ouvrage.
A Lagny-sur-Marne, en Seine et Marne, ces cahiers sont réceptionnés par les Ateliers Babouot et assemblés en blocs, puis reliés par le fil de couture en coton.
Mais ce n’est pas fini ! Reste la couverture rigide en cuir et sa fameuse dorure au fer, frappée à chaud à la feuille d’or 23 carats. Avec plus de 200 000 exemplaires par an, ce sont 46kgs d’or qui sont consommés par Gallimard annuellement. La dorure, pour être uniforme, suppose que le grain de la couverture ait été aplani afin de renfermer les blocs. Et si la production est 100% française, le cuir utilisé est un cuir de mouton venu de Nouvelle-Zélande, tanné et teinté en France.
Pour parfaire le tout, la jaquette plastique en rhodoïd enveloppe le volume qui est glissé dans son étui en carton blanc.
Vous le voyez à travers toutes ces étapes, le processus est artisanal et hautement technique. Ce sont trois semaines requises afin de produire un volume.
Quant aux auteurs qui bénéficient de cette prestigieuse édition, ils sont nombreux, de toutes les époques, et toutes les nationalités. Pour établir un parallèle avec l’épisode spécial dédié au César, l’on pourrait dire quà l’instar de ce fameux trophée, figurer parmi la Pléiade est également une consécration pour l’autrice ou l’auteur. Parmi les derniers en date, John Steinbeck en 2023, qui rejoint la collection 60 ans après son Prix Nobel. Rassemblant un véritable Panthéon littéraire, cette collection intègre parfois des auteurs de leur vivant. C’est le cas, par exemple, d’André Gide, en 1939. En 2022, la collection regroupe 250 auteurs et plus de 982 ouvrages. Force est de constater néanmoins la faible présence d’autrices… Elles ne font leur entrée dans la collection qu’à la fin des années 50 avec les écrits de Madame de Sévigné, de Georges Sand ou encore Colette et Marguerite Yourcenar.
Et comment s'en procurer à moindre coût ? Il m’est arrivé deux fois d’acheter des volumes de la Pléiade au sein de ventes courantes. A Noël où nous avons pour coutume de mettre la seconde main au pied du sapin, j’aime acheter des lots de deux ou trois volumes pour les offrir en famille en fonction des goûts littéraires de chacune et chacun. Un lot de 2 pléiades, l’une de l’œuvre de Marguerite Yourcenar et l’autre de Colette, m’avait été adjugé pour 30 euros. J’étais d’autant plus contente de cet achat que les femmes autrices semblent plus rares dans cette collection. J’avais également acheté un lot de trois pléiades dédiées à des poètes et l’une étant une anthologie de poésie espagnole, pour 40 euros. Des cadeaux personnalisés et qui font plaisir, avec des livres qui se transmettent de bibliothèques en bibliothèques à travers les mains de passionnés de lecture.
Cette collection fait partie à part entière de la culture littéraire et devient même instrument de pouvoir à forte symbolique, quand on songe au fait qu’Emmanuelle Macron a explicitement choisi d’en faire figurer dans son portrait officiel de 2017 par Soizig de la Moissonnière. On y voit les Mémoires de Guerre de Charles de Gaulle, Les Nourritures terrestres d’André Gide et Le Rouge et le Noir de Stendhal.
Pour finir par une citation : Pascal Lenoir, directeur de production de Gallimard nous explique que, je cite,
“Le lecteur de la Pléiade s’attend à ce que son volume acheté en librairie soit parfait”.
On le voit aux enchères, les objets parfaits à nos yeux, voire prestigieux sont à portée de main. Et, il est intéressant de voir que ces objets accessibles à tous portent toujours en eux de nombreux savoir-faire et des processus artisanaux très complexes et précis, comme en témoignent les livres de la Pléiade ou le Carré Hermès. Le prix de la perfection ne se comptent pas en enchères de 6 chiffres ou plus. Bien souvent, les objets devenus mythiques dans nos cultures sont paradoxalement très courant et accessibles à toutes les bourses.
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