Ventes & Expertise 2 January 2026 par Héloïse de Baudus

LE CARRE HERMES

Portant un nom associé à son format, il se présente dans la mythique boîte orange de la marque associée. Vous l’avez deviné, nous allons plonger dans l’histoire du carré Hermès, si fréquent en salles des ventes, aussi bien dans les ventes dites courantes que dans les ventes spécialisées de mode. Je vous propose de découvrir son histoire en quelques minutes, et de plonger dans un objet-phare de cette Maison bien connue, fondée en 1837 à Paris.

LE CARRE HERMES
Je vais vous parler d’un accessoire souvent offert pour les anniversaires marquants, les départs en retraite, les grands évènements. Il se noue autour du cou, ou se porte en bandeau, voire en ceinture pour accessoiriser une tenue. Portant un nom associé à son format, il se présente dans la mythique boîte orange de la marque associée. Vous l’avez deviné, nous allons plonger dans l’histoire du carré Hermès,  si fréquent en salles des ventes, aussi bien dans les ventes dites courantes que dans les ventes spécialisées de mode. Je vous propose de découvrir son histoire en quelques minutes, et de plonger dans un objet-phare de cette Maison bien connue, fondée en 1837 à Paris.

(c) Its All Good


 

Celle-ci est, dans un premier temps, spécialisée dans les harnais et selles. Dès la fin du 19e siècle, avec l’arrivée de l’automobile, Hermès se diversifie au-delà du monde équestre, avec le développement de la maroquinerie notamment. 

Viennent ensuite les vêtements et accessoires, pour en arriver à notre carré. A l’origine de celui-ci : deux inspirations historiques principales, à savoir les mouchoirs commémoratifs à la gloire de Napoléon, et les mouchoirs de cou portés par les soldats à la fin du 19e siècle, dits mouchoirs d’instructions militaires. Pour les soldats, ces mouchoirs transmettaient clairement les modes opératoires à suivre pour monter et remonter un fusil ou encore transporter un blessé, le tout en dessin, un dispositif fortement utile pour les personnes analphabètes afin de comprendre simplement et rapidement les instructions. 

 

Partant de ces inspirations, la Maison Hermès a choisi une matière particulière : le tweel de soie, qui n’est pas sans rappeler les vestes des jockeys, renouant ainsi avec la tradition équestre.  

 

A quand auriez-vous fait remonter la naissance de cet accessoire mythique ? C’est en 1937 que le premier carré « Jeu des Omnibus et Dames blanches », voit le jour sur une idée de la styliste Lola Prusac. 

Le président de la Maison, Robert Dumas, en confie le dessin à Hugo Grygkar. Ce premier modèle rendait hommage aux jeux de société représentant la première ligne de transport entre Madeleine et Bastille et plus généralement à l’avènement des omnibus vers 1820. A l’origine, les premiers carrés ont été conçus avec de la soie importée de Chine et extrêmement résistante, mais ils étaient parmi les objets les plus accessibles de la Maison. Cette qualité et les designs successifs qu’il adopte font rapidement de lui un must, adopté par les personnalités publiques. Chacun et chacune se l’approprie alors à sa manière : noué autour du cour, ou en bandana, voire en écharpe pour maintenir le bras cassé de Grace Kelly en 1957. A ses côtés, ce sont également Jackie Kennedy et le modèle Astrologie, Elisabeth II, Audrey Hepburn, Brigitte Bardot et Sophia Laurent qui se l’approprient dans leur garde-robe. Aujourd’hui, on estime qu’un exemplaire du Carré, appellation choisie dès les années 60, est vendu dans le monde toutes les trente minutes. 

 

Techniquement, son format varie aujourd’hui du gavroche, au bandana et aux carrés de 70 ou 90 cm de côté. 

A Bussières, dans la Loire, les cocons de soie sont dévidés, positionnés sur un tambour pour créer une bobine qui ira sur le métier à tisser. 300 cocons de soie sont nécessaires à la création d’un carré, soit 450 kms de fil. Les artisans regardent le rendu à la loupe pour chasser le moindre défaut. 

Ce carré se veut le support de motifs inspirés du monde équestre au départ, mais, plus largement, des arts dans toute leur diversité. Tout débute, comme de nombreux domaines à l’instar de la joaillerie ou des arts décoratifs, par un dessin. Fait à la main, aquarellé et souvent peint, le modèle donne vie à l’imagination de l’artiste sollicité. 

Une fois le modèle obtenu. Des artisans détourent à la plume et l’encre de Chine tous les détails du dessin, pour produire des clichés successifs superposables. Chaque dessin appelle à autant de clichés qu’il ne contient de couleurs, un peu à la manière de la lithographie, où un passage sous presse équivaut à l’apposition d’une couleur.  

En quête d’harmonie, les équipes Hermès étudient, longuement les couleurs à apporter à ce dessin. Le tout étant de créer un impact visuel fort. Les teintes recherchées sont obtenues par mélanges de pigments et solvants dosés minutieusement. Un nuancier de plus de 75 000 teintes répertorient les différents dosages. En atelier, ce sont les préparateurs de couleurs qui se collent à cette tâche. Les motifs sont ensuite imprimés. Pour ce faire, un grand espace est requis. Les tables servant à l’impression mesurent effectivement 150m de long. Sur ces tables, la soie est tendue. Selon les clichés fournis, chaque couche est imprimée l’une après l’autre avec les bons coloris, par un système automatisé suivant le principe du pochoir. Les cadres se succèdent au-dessus du tissu tendu, imprimant chacun leur tour une couche du dessin décomposé. Et ce, de la couleur la plus claire à la couleur la plus foncée, du plus petit motif au plus grand. 

Après cela, place aux finitions. 45mn par pièce sont requises pour coudre, à la main, les ourlets.  

Depuis 2020, la technique du Carré double-face avec impression de motifs de chaque côté a été mise en place. 

Au gré du temps, la Maison Hermès s’est accompagnée de nombreux dessinateurs pour penser les modèles, limités, de chaque saison. Chacune d’entre elles en présente généralement 20. Et, depuis sa création, l’on décompte plus de 3000 modèles. Parmi les plus connus, le modèle Brides de gala, édité la première fois en 1957, ou encore les modèles liés au monde cynégétique par Xavier de Poret. Les éditions spéciales sont aussi recherchées pour leur caractère historique. Parmi les artistes actuellement présents en boutique : Jonathan Burton, Elias Kafouros, qui représentent bien le côté pop et vif adopté depuis plusieurs années. D’autres artistes ont pris le Carré comme support : à l’instar de Josef Albers, ou encore Daniel Buren. Autre modèle marquant dans l’histoire de la maison : Nuba Mountain, un modèle créé par un enfant-guerrier de 14 ans du Sud Soudan, Séfédine. Ses dessins, repérés par le médecin d’une ONG, avaient été soumis au directeur Jean-Louis Dumas. 

Iconique, c’est un accessoire de mode que l’on retrouve régulièrement en inventaire, dans tous types de demeures. Culturellement, il s’impose souvent comme cadeau lors d’évènements marquants. La marque a d’ailleurs une forte politique de communication autour de ses savoir-faire et corps de métier. Encore en 2023, l’exposition itinérante Hermès in the making, s’est invitée partout en France pour faire découvrir les multiples facettes de la marque, ses artisans, et nombreux talents. Sur ce même modèle, le carré Hermès avait, quant à lui, donné lieu à une exposition qui lui était intégralement dédiée. En 2019, l’exposition immersive « Hermès Carré Club » au Carreau du temple proposait de se plonger dans l’histoire de cet accessoire emblématique à travers des ateliers, des rencontres avec les artisans et un corner historique. Cette volonté de communication et de compréhension des coulisses de fabrication se comprend d’autant plus face à un objet si parlant et que l’on connaît si bien. 

En magasin, les prix démarrent à 225 euros pour le petit frère du Carré, le Gavroche, en twill de soie roulotté à la main. Son format est de 42 x 43 cm. Actuellement sur le site, on remarque que le premier modèle de 1937 « Jeu des Omnibus » a été repris et revisité dans ce format. On retrouve ensuite le format bandana de 55x55 cm à partir de 235 euros, puis les carrés. Celui de 70x70 cm dès 375 euros, et enfin celui de 90x90 cm à partir de 495 euros.

Aux enchères, on en trouve extrêmement régulièrement, soit dans des ventes courantes et classiques, soit dans des ventes cataloguées. De manière générale, les salles des ventes proposent des estimations basses de 80 à 150 euros pour cet accessoire-phare. Lorsque ce sont des modèles courants, les prix au marteau restent dans cette fourchette-ci. On remarque, ensuite, une gamme intermédiaire de 200 à 300 euros, souvent pour les carrés en excellent état et dans leur boîte d’origine.

Bali-Barret, directrice artistique Hermès pendant plus de 17 ans déclarait aimer le renouvellement des motifs du carré « Pour, je cite, qu’il soit profond et chic ou gai et pétillant. Pour qu’il plaise aux mères comme à leur fille. Avec toujours cette arrière-pensée : qu’il demeure beau malgré le temps qui passe. Le foulard Hermès n’est pas un produit jetable ! ». Sa forte présence en salles des ventes, en brocantes, en friperie le démontre : le carré plaît. J’élargirais même la citation au-delà de la relation mère-fille. Les foulards de nos grands-mères se transmettent aux jeunes femmes et hommes de notre génération qui ne manquent pas d’inventivité pour le porter, à l’anse d’un sac, autour du cou, sur la tête, en ceinture, en top. 

Un Carré Hermès à estimer ? Contactez-nous : contact@mirabili-encheres.com.