Actualité & Coulisses 25 March 2026 par Héloïse de Baudus

COULISSES DU METIER : HISTOIRE DU MARTEAU DE COMMISSAIRE-PRISEUR

Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à la profession au collège, j’avais reçu de la part de l’une de mes grands-mères le livre de Maître Hervé Poulain Le marteau et son maître, un commissaire-priseur à l’œuvre. Dans son introduction, ce dernier exprime en une phrase toute la force du marteau : « Peu d’instruments sont aussi emblématiques d’une profession et de sa dignité que le marteau du commissaire-priseur, tels le sabre et le goupillon jadis ». Plongeons dans l'histoire de ce symbole emblématique de notre profession.

COULISSES DU METIER : HISTOIRE DU MARTEAU DE COMMISSAIRE-PRISEUR
Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à la profession au collège, j’avais reçu de la part de l’une de mes grands-mères le livre de Maître Hervé Poulain, Le marteau et son maître, un commissaire-priseur à l’œuvre. Dans son introduction, ce dernier exprime en une phrase toute la force du marteau :

 « Peu d’instruments sont aussi emblématiques d’une profession et de sa dignité que le marteau du commissaire-priseur, tels le sabre et le goupillon jadis ». 


L’existence des commissaires-priseurs est millénaire. L’un des premiers noms connus est celui de Cecilius Jucundus, dont on a retrouvé le nom et les tablettes d’argiles gravées portant la trace de ses transactions aux enchères, lors d’une fouille à Pompéi à la fin du XIXe siècle. Les commissaires-priseurs étaient alors appelés auctionator, proche du terme anglo-saxon actuel auctioneer. Peu de traces écrites nous permettent cependant d’établir la tradition du marteau. Les représentations de ventes aux enchères en peinture, ou dans les caricatures, nous aident néanmoins, si l’on songe, par exemple, au tableau peint par Julien Boilly et représentant la vente posthume présumée de la collection de Philippe III Caffierri en 1775. Ce tableau avait été adjugé 249 000 euros le 21 juin 2018 chez Sothebys Paris. Dans cette œuvre, le commissaire-priseur est attablé, plume à la main pour consigner le procès-verbal, aucune trace de marteau. L’ambiance de la salle bat son plein, avec un commissionnaire en train de présenter les œuvres, des coutumes conservées aujourd’hui. 

L’usage du marteau à proprement parler est a priori d’origne anglo-saxonne, et remonterait au XVIIIe siècle en Grande-Bretagne. A la même époque, nous rapporte Maître Hervé Poulain dans l’introduction de son livre Le marteau et son maître, lors des ventes aux enchères en Hollande, c’était une baguette qui était frappée sur un bassin de cuivre tandis qu’en Belgique, il s’agissait d’un bâton. En France, le marteau est utilisé dès les années 1830 selon l’historien du droit, spécialiste du marché de l’art, François Duret-Robert. Au XIXe, le manche est foncé, en ébène ou en fanon de baleine, matière également utilisée dans la fabrication des parapluies à cette époque, comme nous l’avons vu dans l’épisode 3 du podcast. Le maillet est, quant à lui, en ivoire à l’origine mais force est de constater que chaque marteau, reflète les goûts de son propriétaire : essences de bois exotiques, indigènes, métal, nacre, galuchat, résine, neutre, uni, à motifs marquetés, commandés auprès d’un maître ébéniste, ou spécialement conçu par un artiste…le choix du marteau est extrêmement personnel. 

Et j’en viens à un point crucial : la charge affective du marteau. Traditionnellement, on évite de s’acheter un marteau, ni même de véritablement le manipuler, avant d’être diplômé. Un élève commissaire-priseur ne peut pas, pendant sa formation, taper du marteau ni diriger une vente en réalisant les adjudications. C’est donc souvent symboliquement que le marteau est offert une fois diplômé, par les maîtres de stage, mais aussi souvent par la famille et les amis. Les miens m’ont été offerts par mes proches après mon diplôme en novembre 2023. Je les ai commandés sur mesure à Monsieur Jacques Dubarry de Lassale, maître ébéniste, expert, et enseignant qui a vu défiler nombre de générations de commissaires-priseurs chez lui, dans le Gers, où il dispensait des stages de reconnaissance des marbres, essences de bois et procédés de fabrications des meubles anciens. Je voulais, pour ma part, un marteau moderne, qui puisse jouer avec la lumière. J’ai choisi le métal et la nacre pour obtenir cet effet. Le manche est en polyacétale noir incassable. Mais, matériau naturel, la nacre est particulièrement dure à travailler. C’est pourquoi Monsieur Dubarry de Lassale, craignant qu’elle ne résiste aux chocs du temps, m’avait donc fait choisir un second marteau, j’ai opté pour un modèle en bois de buis et marqueterie de bois précieux. Il m’avait donc dit que cela m’en ferait deux, un pour les belles adjudications, et un second pour les mauvaises affaires. Esthétiquement mes deux marteaux sont très différents, l’un moderne et le second plus classique. Comme le souligne Me Hervé Poulain dans l’ouvrage précité, on choisit le marteau « comme un dandy sa lavallière, selon l’humeur et le type de ventes ». 

Dans ma promotion, Juliette me confie avoir choisi le modèle Buren, de l’ébéniste Jacques Dubarry de Lassale. Elle qui a étudié à l’INHA à Paris, les trajets quotidiens la faisait passer devant les Colonnes du Palais Royal. Elle a donc vu dans le modèle de son marteau un joli clin d’œil aux années d’étude. 

Notez que chaque année, le Conseil des Ventes qui organise la remise des diplômes des commissaires-priseurs, s’entour d’un artiste afin d’offrir une œuvre à chaque diplômé. La promotion 2013 avait donc reçu une œuvre de l’artiste contemporain Zeus, qui avait choisi de leur faire un marteau en métal. 

Mais parmi les commissaires-priseurs que je connais, la règle selon laquelle le marteau est très personnel se confirme. Certains font appel à des maîtres ébénistes de leur région pour penser ensemble le design du marteau, d’autres à des artistes plasticiens. Ce qui est sûr c’est que le marteau ne quitte pas son maître, et en principe ne se prête pas. Les commissaires-priseurs en ont plusieurs au cours de leur carrière. 

Et au-delà de sa symbolique et de son association au métier, le marteau contribue à sceller juridiquement la vente, car c’est au moment du prononcé du mot adjugé lors du coup de marteau que le contrat de vente est formé. Le coup de marteau met fin aux enchères, même quand l’objet n’a pas trouvé preneur.

Article tiré de l'épisode dédié sur le podcast Objectum : #LeFinal d'Objectum saison 1 ! Le marteau du commissaire-priseur