CINEMA & SAVOIR-FAIRE : LE CESAR. RENCONTRE AVEC LE REALISATEUR CESARISE JEAN-BAPTISTE DURAND.
Un objet n’est rien sans la personne qui le possède et qui est là pour nous partager son histoire. Comme sûrement beaucoup d’entre vous, j’ai été touchée et transportée par la belle mais complexe amitié dépeinte dans Chien de la casse, film qui a valu à Jean-Baptiste Durand, son réalisateur, le César du meilleur premier film. Je remercie infiniment Jean-Baptiste Durand de m’avoir accordé de son temps pour parler de cet objet pas comme les autres et venir éclairer l’aperçu historique que je vais vous en donner.
C’est en 1976 que César Baldaccini conçoit la première statuette, emblématique du cinéma français. L’idée des César est née de l’esprit de Georges Cravenne. Journaliste et producteur de cinéma français décédé en 2009, il est la tête pensante qui se cache, dans un premier temps, derrière la création de l’Académie des Arts et Techniques du Cinéma. Cette académie commence, dès sa création, à remettre des prix. Lié d’amitié avec César Baldaccini dit César, c’est tout naturellement que Georges Cravenne se tourne vers lui pour avoir un Oscar à la française. Il s’amusait d’ailleurs de la ressemblance des deux en disant « Oscar, César, cinq lettres qui rimaient à tel point que la naissance du second était devenue évidente ».
Pour en revenir à César, il est membre des Nouveaux Réalistes, aux côtés d’artistes comme Yves Klein, Pierre restany, Martial Raysse ou encore Arman. César est connu pour ses mythiques compressions, motif né dans son esprit en 1960, chez un ferrailleur, lorsqu’il tombe nez à nez face à une presse géante. Une fascination qu’il traduit en disant qu’une tonne de métal était sortie de la presse hydraulique. « Ca a de quoi vous étonner, moi je ne m’en suis jamais remis » avait-il confié.
Pour Jean-Baptiste Durand, Le César « n’a de César que le nom. » Il poursuit en me disant qu’il « y a une évocation des compressions mais pas dans leur forme habituelle, qui permet de sentir les objets compressés à l’origine. Le César remis est avant tout une sculpture, très détaillée et reprise à la ciselure. »
Si on a désormais bien en tête la forme actuelle du César, il faut noter qu’elle était, lors de la première édition, plus proche de la silhouette de son jumeau Outre-atlantique. César avait d'abord pensé une silhouette enserrée dans une bobine de film. Cette forme est abandonnée au profit de l’actuelle dès 1977. Et, depuis cette époque, chaque César est conçu et fabriqué en reprenant le modèle d’origine de l’artiste. Lorsque je questionne Jean-Baptiste sur le motif qui l’aurait inspiré pour concevoir un trophée, il me répond sans hésiter qu’il pense au clap.
Objet marquant au sein d’une carrière, le César séjourne en Normandie avant de rejoindre Paris pour la cérémonie.
Là-bas, à Bréauté, la fonderie d’art familiale Bocquel met à profit son savoir-faire pour produire, chaque année, ces mythiques trophées de bronze, nécessitant chacun pas moins de 15 heures de travail. En tout, ce sont deux mois consacrés à la réalisation de tous les César livrés à Paris pour la cérémonie. Plusieurs corps de métier et artisans interviennent parmi la vingtaine de salariés de la fonderie : fondeur, mouleur, ciseleur, patineur, graveur. La touche finale étant la gravure, en amont, de la catégorie, puis, comme l’expliquait Jean-Baptiste, du nom du lauréat après sa remise pendant de la cérémonie. C’est un employé de la fonderie qui est présent à l’Olympia, en coulisses, pour effectuer ces gravures, tradition née en 2013.
Cette fonderie d’art discrète est une affaire de famille, et a été fondée par Régis Bocquel, dont les enfants Claire et Gilles, ont repris l’entreprise. Régis avait lui-même travaillé avec César. Ce dernier y a effectué de nombreux séjours et avait choisi de rapatrier la production des trophées dans cet atelier dès 1994.
Techniquement, il s’agit d’un motif inspiré de la compression, mais qui constitue une sculpture à part entière comme le soulignait Jean-Baptiste. Elle reprend des éléments d’ornementation de mobilier et l’on y retrouve des motifs souvent présents sur les commodes du XVIIIe siècle telles que les frises d’oves, frises de rangs de perles, et feuilles d’acanthes. La statuette suit la technique ancestrale de fonte à la cire perdue avec, d'abord, la conception d’une forme en cire d’abeille servant de matrice, qui est placée dans une moule en élastomère reprenant le motif original, pour être fondue dans un moule réfractaire en plâtre. Le bronze, en lingots, y est ensuite coulée à 1100°. Le César est ensuite sablé et poli avant que l’étape du ciselage ne parachève le tout pour retirer les imperfections de surface. Enfin, elle est patinée d’une cire rouge pour lui donner un effet vieilli avant d’être livrée à Paris pour le jour J.
Je vous ai beaucoup parlé de l’histoire de l’objet mais ce qui m’intéresse est de me pencher sur sa symbolique, notamment pour un réalisateur comme Jean-Baptiste qui vient de le recevoir. Pour reprendre ses mots « le César a la charge symbolique d’un aboutissement professionnel, d’une reconnaissance des pairs et des gens de la profession ». Il ne le sacralise pas plus que ça, mais m’explique qu’il y a eu quelque chose de l’ordre de l’apaisement, le portant ainsi pour la suite. Un bel objet et symbole d’une fierté unique. Jean-Baptiste a rangé son César sur une étagère de sa bibliothèque, aux côtés des autres prix reçus. Mais son César voyage avec lui car, sur demande des journalistes, du maire de son village, ou encore de sa famille, il l’emporte pour le présenter.