Ventes & Expertise 2 June 2026 par Héloïse de Baudus

Bientôt sous le marteau : une oeuvre sensible de Marie-Antoinette à la Conciergerie. Focus sur cette iconographie historique intéressante.

En 2019, la Conciergerie a consacré une exposition à Marie-Antoinette soulignant la réputation controversée de l'ancienne Reine. En peinture, les représentations ont traduit cette controverse oscillant entre portraits sensibles d'une figure de martyre et portraits critiques. L'oeuvre que nous présentons le 27 Juin 2026 permet de revenir sur l'iconographie entourant la figure de Marie-Antoinette.

Bientôt sous le marteau : une oeuvre sensible de Marie-Antoinette à la Conciergerie. Focus sur cette iconographie historique intéressante.

UNE REINE CONTROVERSEE

L'affaire du collier de 1785, entre autres scandales, a contribué à ternir l'image de Marie-Antoinette. Née en 1755 en Autriche, princesse et archiduchesse descendante de la famille Habsbourg-Lorraine, Marie-Antoinette devient Reine de France et de Navarre en 1774 après l'accession au trône de Louis XVI avec qui elle a été unie en 1770 lorsque celui-ci était dauphin. Elle sera guillotinée le 16 octobre 1793. 
Comme pour de nombreuses figures historiques, à l'instar de Napoléon Bonaparte, ou encore Louis XIV, la peinture s'est également saisie de la figure de Marie-Antoinette. 
Elle fut portraiturée dès son plus jeune âge, en témoignent les séries de portraits d'elle réalisés par le pastelliste Jean-Etienne Liotard. Dans les années 1770-1780, la Reine est peinte à plusieurs reprises par Élisabeth-Louise Vigée Le Brun (1755-1842). En habit de cour, avec ses styles uniques notamment influencés par Rose Bertin "ministre de la mode", ou en portrait à la rose, ces représentations emblématiques érigent la Reine en symbole de pouvoir et de raffinement. Après son exécution, la peintre représentera la Reine de manière posthume sur un fond épuré.

UN TOURNANT DANS LES REPRESENTATIONS HISTORIQUES AU 19E SIECLE 

Cela souligne un point important : la mort de Marie-Antoinette, guillotinée en 1793, sera une période représentée fréquemment en peinture, avec une évolution notoire au 19e siècle, dans l'iconographie. Décriée et souvent caricaturée dans les représentations révolutionnaires, la Reine est ensuite remémorée à travers des peintures sensibles et qui, dans une veine romantique, développent davantage la période de son emprisonnement à la Prison du Temple - pendant dix mois - puis la Conciergerie, où elle est transférée dans la nuit du 1er au 2 août 1793, avant son exécution quelques mois plus tard. Pour ne citer qu'un exemple, un dessin de 1791 la désigne comme la "Poulle d'Autru/yche" , en être hybride mi femme-mi autruche tenant la constitution dans la main avec une légende explicite "je digère l'or, l'argent avec facilitée / mais la constitution je ne puis l'avaler".
HEYDENDAL, Marie-Antoinette à la Conciergerie. Est 300-600 euros. En vente le 27 juin 2026.

Au 19e siècle, les représentations des sujets historiques du 18e siècle et début du 19e, se teintent parfois d'une approche plus humanisante ; qui les fait sortir de leur statut divin. Paul Delaroche est un bon exemple. Napoléon et Marie-Antoinette ont été représentés dans cette approche sensible - parfois tournés au ridicule comme cela peut être commenté. L'on peut citer une oeuvre de 1848 peinte par Delaroche et représentant Napoléon à dos d'âne franchissant les Alpes. Un peu plus tôt, à l'aube de la période romantique, des sujets de morts célèbres comme celle de Léonard de Vinci ou l'assassinat d'Henri IV, contribuent à cette revisite de l'histoire où les figures historiques sont érigées par leur mort au rang de martyrs. En 1818, Ingres romance la mort de Léonard de Vinci en représentant François Ier à son chevet, en 1859, Charles-Gustave Housez exalte la figure d'Henri IV en représentant son assassinat et l'arrestation de Ravaillac. Et, l'on en vient à notre tableau et la figure de Marie-Antoinette, que les peintres du 19e siècle représentent en tenue de deuil, emprisonnée. Georges Caïn a par exemple représenté, en 1885, la sortie de Marie-Antoinette de la Conciergerie avant son exécution.
Notre oeuvre s'inscrit dans cette représentation. Elle est ici peinte dans sa cellule à la Conciergerie. Au premier-plan, les pavés au sol, à l'arrière-plan des murs vides, avec barreaux visibles, ainsi que les gardes derrière le paravent qui cache la Reine ; et sur le côté de la scène jouant aux cartes. Les meubles, en bois, chaise paillée, sont épurés, avec de l'eau et du pain sur la table. Marie-Antoinette apparaît en tenue de deuil, figure presque méditative et implorante ; les yeux levés au ciel en et un rayon de lumière innondant son visage. Le cartel au dos de la toile est en anglais et l'oeuvre est signée de Heydendal, peintre hollandais du 19e siècle. Estimée 300 à 600 euros, cette oeuvre est à ne pas manquer lors de notre vente du 27 Juin.
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HEYDENDAL (peintre de l’école flamande du milieu du 19e siècle), Portrait de Marie-Antoinette en tenue de deuil à la Conciergerie, vers 1850, Huile sur toile signée en bas à gauche, restaurations, 68,5x50,5 cm, dans un important cadre dit Barbizon en bois stuqué et doré à décor de volutes et rocailles, (petit manque au cadre en bas à droite).
Au 19e siècle, la figure historique de Marie-Antoinette, controversée sous la Révolution, est réhabilitée et livrée dans une vision romantique. En littérature, comme en peinture, Marie-Antoinette est érigée en figure de martyre ; phénomène accentué par les périodes de Restauration de la monarchie. Notre tableau est un excellent témoin de ces sujets-là : visibilité des barreaux de la prison, représentation d’un espace clos et simplement meublé, les gardes en arrière-plan et une figure féminine centrale recueillie, en tenue de deuil. La lumière accentue la dramaturgie de la scène. Le musée d’Orsay conserve plusieurs gravures et dessins de ou d’après Paul DELAROCHE. L’on peut rapprocher notre œuvre, par la présence centrale du paravent et des gardes, d’un dessin « Marie-Antoinette à la Conciergerie » par Paul DELAROCHE connu grâce à une photographie de Robert Jefferson BINGHAM conservée au Musée d’Orsay (notice 61586 / N° d’inventaire PHO1983 165 159 85).