Actualité & Coulisses 28 August 2026 par Héloïse de Baudus

A la tête de l'Atelier Dubarry fondé en 2017 à Lyon, Philippine Dubarry de Lassale, ébéniste-doreuse nous dévoile les coulisses de son métier

Un commissaire-priseur ne me commande pas un simple objet : il me confie la fabrication du prolongement de sa main, du témoin discret de toute sa carrière.

A la tête de l'Atelier Dubarry fondé en 2017 à Lyon, Philippine Dubarry de Lassale, ébéniste-doreuse nous dévoile les coulisses de son métier

Ebéniste et doreuse, Philippine Dubarry de Lassale nous partage quelques mots sur sa passion, la naissance de sa vocation, mais aussi des objets bien connus de la profession : les marteaux. Rencontre. 

(c) La Tribune de Lyon

Héloïse de Baudus (HDB) : Comment est née votre vocation ?
Philippine Dubarry de Lassale (PDL) :  Un peu par hasard !
Je ne savais pas précisément vers quel métier me tourner, mais une certitude me guidait : je voulais travailler de mes mains. 
Mon attrait pour l'Histoire m'a naturellement orientée vers la restauration du patrimoine, d'abord par la dorure à la feuille, puis à travers la restauration de mobilier. 
HDB : vous exercez un métier très complet, qui implique la maîtrise de l'histoire, des matériaux et de nombreux savoir-faire. Comment s'y forme-t-on ? 
PDL :  Après un bac scientifique, j'ai suivi un CAP de dorure à la feuille, puis j'ai intégré la prestigieuse École Boulle pour y passer un DMA (Diplôme des Métiers d'Art) en restauration de mobilier. J'ai ensuite forgé mon expérience dans plusieurs ateliers parisiens avant de faire le grand saut et d'installer mon propre atelier de restauration de meubles et de dorure à Lyon. 
HDB : après ce parcours et votre installation, votre production s'est également orientée vers un outil cher à notre profession : le marteau. Etait-ce voulu ? 
PDL :  La fabrication de marteaux de commissaire-priseur est venue plus tard, au fil des rencontres. Sollicitée par des professionnels, je me suis lancée avec le précieux soutien et les conseils de Jacques Dubarry de Lassale, mon grand-oncle par alliance et référence importante dans le milieu de l'ébénisterie et des marteaux de vente.  
HDB : le marteau est pour nous porteur de bien des symboles, tant une marque de l'achèvement de notre formation et de notre diplôme qu'un outil quotidien symbolique, reconnaissable mais aussi utile juridiquement.
PDL :  C'est un objet fascinant malgré son apparente simplicité. Il est à la fois un outil de travail quotidien, un objet précieux et le reflet de la personnalité de celui ou celle qui le tient. Il porte aussi une charge symbolique forte : il incarne souvent un rituel de passage marquant l'obtention de l'examen de commissaire-priseur, parfois une étape professionnelle importante ou bien la fin d'une carrière réussie.
​En tant que commissaires-priseurs, votre marteau a une responsabilité juridique majeure : c'est son impact qui donne force d'adjudication et conclut le contrat de vente. Donner une forme d'Art à un outil porteur d'autant de droit, c'est ce qui rend sa fabrication si passionnante. Il est rare qu'un outil de travail réunisse autant de beauté, de technique et de sens. 
HDB : vos mains exécutent le travail de façonnage du marteau, mais comment est-il également façonné en amont par l'échange avec le commanditaire ? 
PDL :  Nous discutons ensemble des matériaux, de l'ergonomie et des volumes souhaités. Une fois le projet défini et le devis validé, la phase de prototypage et de fabrication démarre. La touche finale est souvent consacrée à la personnalisation — gravure de vos initiales, de la date de diplôme ou d'un symbole personnel —, une étape confiée à notre partenaire graveur.
Chaque pièce étant rigoureusement unique, il faut compter entre 3 et 6 mois entre le tout premier contact et la remise en main propre de l'objet.
L'atelier assume un positionnement d'exception, sciemment au-dessus des standards du marché : chaque marteau exige des dizaines d'heures d'une haute technicité, le travail de matériaux rares et une conception sur mesure digne de l'orfèvrerie. 
HDB : Je crois d'ailleurs que la création de votre tout premier marteau était à vos yeux une commande marquante. 
PDL :  C'était un véritable baptême du feu ! Je découvrais pour la première fois le travail du palmier, de l'ivoire massif et de l'argent sur une même pièce. Le palmier a représenté un formidable défi technique : pour pouvoir le façonner et le renforcer, il a fallu imprégner le bois de résine et intégrer une tige en carbone au cœur du manche. Une aventure complexe mais fondatrice. D'ailleurs, la boucle est bientôt bouclée : je suis de nouveau amenée à travailler cette essence sur un tout nouveau marteau en préparation, dans un style radicalement différent ! 
HDB : vous êtes amenée au quotidien à travailler de nombreux matériaux. Y-en-a-t'il qui vous tiennent particulièrement à coeur ?
PDL :  Je n'ai pas de matériau favori, car c'est précisément la diversité qui me passionne. Bois, métaux, galuchat, plexiglas, résine… tout est envisageable ! Concernant les essences de bois, elles ont toutes leur charme à partir du moment où l'on prend le temps de dénicher un beau veinage qui a du caractère. 
HDB : les matériaux que vous évoquez, par leur diversité, peuvent constituer de véritables défis. Certaines commandes aussi. Avez-vous des défis qu'il vous tiendrait à coeur de relever ? 
PDL :  Même si cela peut paraître utopique, j'aimerais réussir à allier mon savoir-faire d'origine — la dorure à la feuille — et la fabrication des marteaux. L'usage répétitif et l'impact du marteau semblent contradictoires avec la fragilité de la dorure, mais c'est exactement ce genre de défi technique qui me stimule ! 
HDB : ce défi se présentera sûrement à vous qui aimez l'échange et la communion entre les besoins du commissaire-priseur et vos savoir-faire. C'est un véritable accompagnement. Qu'est-ce qui vous touche le plus dans cette démarche ? 
PDL :  C'est l'intimité de la démarche.
Un commissaire-priseur ne me commande pas un simple objet : il me confie la fabrication du prolongement de sa main, du témoin discret de toute sa carrière.
​J'aime prendre le temps de vous écouter, de comprendre votre geste, votre rapport au bruit de l'adjudication, et même vos attaches personnelles — parfois à travers un bois issu d'une propriété familiale ou une matière qui vous tient à cœur.
Chaque marteau qui sort de l'atelier porte une histoire à deux voix : mon savoir-faire d'artisan et la personnalité de celui ou celle qui va le faire résonner.
​Quand je vous remets l'objet fini et que je vois vos mains l'apprivoiser pour la première fois, c'est une immense satisfaction. Je sais que cet objet va vivre des moments de tension, de joie, de passion en salle des ventes, et qu'il gardera en lui une part de cet échange.
(c) Philippine Dubarry de Lassale / LinkedIn

HDB : merci beaucoup pour ces mots ! Quels sont les moyens de vous contacter et de suivre votre actualité ?
PDL :  Vous pouvez me contacter directement par mail (atelierdubarry@gmail.com), par téléphone au 06 44 07 09 15, ou me suivre sur LinkedIn et Instagram. J'apprécie particulièrement vous accueillir dans mon atelier à Lyon (sur rendez-vous). Se rencontrer autour d'un projet permet de mieux cerner vos attentes, de vous faire toucher les matériaux et de vous présenter les volumes en réel.

La richesse de ces projets se joue aussi dans l'échange humain !